Conseil local fcpe Charlemagne

Formation inclusive tout au long de la vie

lundi 30 avril 2012

Pour une formation inclusive des personnes handicapées tout au long de la vie

Pour une formation inclusive des personnes handicapées tout au long de la vie

Laure Ferrières Calame Ferrières, Déléguée du Réseau des Réussites de Paris, L’ADAPT. Et Anne Gateau, Référente scolarisation des élèves handicapés à la fcpe Paris. 08.11.2011.

Le Monde du 10 novembre 2011 titre sur la nécessité d’un « nouveau vivre-ensemble » qui permette de refaire société face aux inégalités qui explosent par le haut et à l’individualisme galopant. Au coeur de la crise de l’égalité et du culte de la méritocratie, au moment où l’école et la formation dans son ensemble participent du ressentiment de ceux qui en sont exclus, la question qui s’impose est bel est bien de comment faire société, comment se lier dans le même espace social, comment faire « corps commun » ? Pour nous, ce sont les démarches et les formations inclusives tout au long de la vie qui peuvent permettre aux personnes handicapées de tous âges d’être des citoyens à part entière.

La stratégie Europe 2020 et les objectifs du millénaire pour le développement valorisent la nécessité de l’inclusion de tous, y compris en termes de formation. WISE, le sommet mondial pour l’innovation dans l’éducation du 3 novembre 2011 à Doha exhorte à l’investissement dans la jeunesse et met l’école au défi de s’adapter tandis que les gouvernements sont soumis à des arbitrages financiers de plus en plus importants. Or, nous pensons que ce qui prime avant les finances, c’est le changement des mentalités, moteur de l’évolution des comportements et de la transformation du rapport aux personnes handicapées tout au long de leur vie. Parce que les meilleures politiques du monde ne fonctionnent pas malgré tout l’argent qui peut y être investi sans l’investissement de l’ensemble des citoyens, nous proposons donc une dynamique de formation inclusive tout au long de la vie.

La loi de février 2005, une loi qui reconduit les pratiques ?

Depuis 1945 les lois en faveur de la scolarisation des élèves handicapés se succèdent et se ressemblent. Les premières lois sur l’accessibilité datent de 1978. Si la loi de février 2005 a introduit la prestation de compensation du handicap (PCH), centré sur les besoins les pratiques de scolarisation des élèves en situation de handicap, et non plus sur leur taux d’incapacité, elle est restée très insuffisante. Alors que la Suède a introduit dès les années 60 des politiques de « partage des normes de la vie ordinaire » et une attention aux élèves en « situation de difficultés » dans une logique d’approche relationnelle et non plus catégorielle, la France tergiverse toujours. Alors que l’Italie a enclenché dès 1977 avec la « integrazione scolastica » une politique inclusive de tous dans les classes ordinaires grâce à l’appui des « professeurs de soutien » en plus des enseignants ordinaires, la France supprime des postes. (NRAIS n°spécial n°5 2009) La poursuite de la précarisation et du manque d’AVS ne facilitent pas la stabilité des parcours scolaires et l’exercice du métier d’élève s’en trouve affecté. Les enseignants restent tiraillés entre élitisme républicain et individualisation des apprentissages pour tous, d’autant qu’avec la réduction du nombre d’enseignants et la disparition des RASED, ils se sentent seuls face à la résolution des questions qu’ils se posent et du temps à consacrer à chacun.

La dynamique intégrative considère que la personne handicapée est hors du groupe qui est vu comme uniforme. Du coup, il faut l’intégrer, l’insérer, la mettre « dedans » pour qu’elle se normalise à son tour. De son côté, la dynamique inclusive, portée par l’Agenda 22 de l’ONU, dans le prolongement du mouvement de l’Education pour tous, considère que la personne handicapée est particulière comme nous tous ; du coup, elle fait partie intrinsèque du groupe. La question n’est donc plus comment la mettre à l’intérieur, mais comment faire ensemble en prenant en compte ses besoins particuliers. Ce qui est important ici, ce sont les interactions entre personnes diverses appartenant à part entière à la même société, y ayant les mêmes droits, la même citoyenneté. La responsabilité de l’adaptation est placée avant tout sur le droit à compensation pour un accès de tous à tout dans un souci d’égalité entre les membres d’une même humanité.

Pourtant, si la loi de février 2005 reconnaît le droit à l’auto-détermination, les élèves en situation de handicap et leurs familles se voient encore trop souvent dicter leurs choix.

Passer du statut de sous population au statut de citoyen à part entière ?

Pendant ce temps, dans le prolongement de la loi de février 2005, la charge de la norme est en train de basculer. L’introduction de la norme NF X50 – 783 sur les organismes « handi-accueillants » en octobre 2010 en est le vibrant exemple. Ce n’est plus à la personne handicapée à se normaliser mais à la société à laquelle elle appartient, au risque de tomber d’un carcan dans un autre, au bénéfice de repères en termes de préconisations, mais en oubliant de laisser libre court à la créativité, garante de la découverte de solutions nouvelles.

En 2011, seuls 2,1% des élèves sont handicapés et l’on constate une déperdition de leurs 5/6es entre le collège et le lycée entre censure et auto-sensure. 85% des personnes handicapées n’ont pas le bac, 55% sont des ouvriers et moins de 5% ont un handicap lourd (personnes âgées comprises). Les périodes de chômage des professionnels handicapés restent deux fois plus longues que pour des personnes ordinaires et le taux de chômage (22%) est deux fois plus élevé que celui de l’ensemble de la population (10%). (DARES 2011) De plus, alors que l’obligation d’emploi des professionnels handicapés existe depuis 1987, seuls 17% des cadres déclarent être au courant de son existence en 2011. (IMS) 85% des personnes handicapées le deviennent à l’âge adulte tandis que dans l’Union Européenne, le taux de pauvreté des personnes handicapées est supérieur de 70% à la moyenne. Le taux d’activité des professionnels handicapés est en moyenne deux fois inférieur à celui de l’ensemble de la population française. (DARES juin 2011)

Les entreprises soumises à l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés continuent à se plaindre du manque de formation des candidats et de leurs difficultés à trouver des formations continues adaptées ou à les adapter elles-mêmes. Même quand les personnes handicapées sont formées, elles ne trouvent pas de postes. Elles continuent donc à constituer une sous-population que souligne leur situation en terme de formation tandis que la captation de l’information par les milieux d’initiés entrave sa circulation vers tous, garante de la réussite de tous.

La formation inclusive des personnes handicapées tout au long de la vie constitue donc un enjeu pour tous au bénéfice de de la promotion de tous les citoyens de tous âges pour vivre en égaux dans un monde commun remis en question par les crises multiples qui le traversent.

Proposition de charte de la scolarisation et la formation inclusive des personnes handicapées tout au long de la vie :
- 1.Reconnaissance d’un droit effectif à une scolarisation et à une formation de qualité tout au long de la vie.
- 2.Prise en compte des particularités et les besoins que peuvent entraîner au cas par cas les situations de handicap pour les compenser si nécessaire et permettre tout au long de la vie de bénéficier de formations de droit commun.
- 3.Pour ce faire, lever les obstacles juridiques et administratifs des formations pour les adapter aux personnes handicapées de tous âges.
- 4.A cet égard, l’identification des besoins réels de chacun et la mesure de sa satisfaction en fonction des projets personnels de chacun sont fondamentaux.
- 5.La formation d’initiés ordinaires chez les enseignants, l’ensemble des élèves et des citoyens pour que chaque citoyen se sente légitime dans sa relation aux personnes handicapées tout au long de leur vie.
- 6.Valorisation de la créativité par la pluralité des approches pour une recherche permanente de solutions par la reformulation des questions que l’on s’est déjà posées.
- 7.Implication de chaque citoyen dans une relation sans entrave basée sur les possibles.
- 8.Inscription de la relation aux personnes handicapées dans une dynamique première de citoyenneté à part entière et partagée.
- 9.Nécessité d’entrer de plein pied dans des dimensions inclusives partant du principe que les élèves handicapés font partie intrinsèque de l’école de la république.
- 10.La question est donc comment permettre aux formés de tous âges de réussir tout au long de leur vie en repensant l’organisation des formations, en mettant à disposition les moyens de compensation à chaque situation de handicap en cas de besoin, à commencer par la véritable introduction de deux enseignants par classe …
- 11.Augmentation décisive des vases communiquants pour que les spécialistes du handicap interviennent au maximum « hors les murs » afin de garantir l’inclusion maximale.
- 12.L’Etat et à travers lui le Ministère de l’Education nationale doit enfin assurer la reconnaissance du métier d’élève particulier, un parmi les autres, condition à l’entrée dans les apprentissages.


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